29.12.2011

Chapitre Trente Six (fin)

    Myriam ne parvenait pas à masquer l'angoisse qui étreignait sa gorge. Certes, tout allait pour le mieux, il y avait juste à attendre de pouvoir... présenter Vincent au Conseil de l'Alliance. Non, tout n'allait pas pour le mieux. Elle grelottait de peur, enveloppée dans une cape noire épaisse, marchant aux côtés du propriétaire de la cape en question, un homme d'une rare élégance.
Leurs premiers pas à Hurlevent... Enfin, ses premiers pas...
Etaient ceux d'un fier-à-bras. C'était une belle journée de printemps, la neige venant de fondre, et la Guilde qui marchait avec eux était occupée de ses propres affaires. On évitait de penser à l'entrevue avec le Roi, programmée pour le début de l'après-midi... Ca allait être chaud.
Montrer un traître – enfin, une marionnette, pensaient Lalla, Fallat et les autres... Quand bien même, c'était assez évident que l'Alliance allait faire la grimace. Mais ils avaient un argument, enfin, des arguments de poids en leur faveur. Déjà, il était diablement intelligent, et la probabilité de réussite des missions, infiltrations, et autres choses que la Guilde en raison de leur attitude cinglée avait un peu du mal à faire, doublait littéralement. Ensuite, il n'était simplement pas libre de ses actes et devait travailler pour eux.
Sur les deux, il n'y en avait qu'un qui était vrai. Le premier. Myriam ne faisait que se douter du second – et Edward n'osait pas y songer -... Le seul qui était tout frais, disponible, pimpant, était le nouveau membre en question.

Kelv Sternhammer, Lalla juchée sur ses épaulettes monstrueuses, réfléchissait profondément à l'endroit où il irait boire sa prochaine bière, ravi de se dire que bientôt, ils auraient dans leur groupe un gaillard aussi fort que cet ancien Gilnéen, et que ça allait se fêter. En plus, vu qu'il avait un nouveau corps (il ne se disait pas que c'était impossible normalement) il pourrait le faire boire et picoler à mort.
Lalla Brightweave masquait le fait qu'elle sentait son sceau sur Godfrey très lointain, et que ça l'effrayait un peu – il avait joué avec, c'était certain, mais en attendant... vu qu'il haïssait foncièrement les Worgens mais qu'il avait démontré une affection plus que poussée pour Myriam (euphémisme), cela signifiait que son esprit devait s'être en quelque sorte accordé avec le sceau que la gnome lui avait posé, et que comme il ne le combattait plus, elle le sentait moins. Oui, ça, c'était son raisonnement, qu'il ait réussi à se transférer dans un autre corps ne lui venait pas même à l'esprit. Elle était vraiment trop forte ! Et puis elle avait appris quelques nouveaux tours, attrapés quelques nouveaux démons, qu'elle se languissait d'utiliser en combat.
Fallat était inquiet. Il avait tenté inlassablement de convaincre cet homme de faire la rédemption de son âme, depuis le moment où Lalla l'avait « capturé » jusqu'à ce qu'il le perde à l'Enclave... Et maintenant, non seulement il avait réussi à commettre un sacrilège (de toute évidence, il ne pouvait être revenu à la vie qu'avec un moyen maléfique) mais... mais aussi à pervertir une jeune âme qui ne demandait qu'à s'épanouir dans la Lumière. En plus, sans promettre mariage, etc. Enfin... Le bon côté, c'est que lui aussi, pendant qu'il était en mission, avait appris deux ou trois petites choses fort intéressantes. Et qu'il pourrait servir la Lumière bien plus maintenant !
Lunalight songeait avec excitation que leurs fiançailles, c'était pour bientôt, et qu'ils pourraient le faire ce week end. Qu'elle demanderait à son beau-père comment il avait fait pour vaincre la mort, parce que sa longévité serait gênante pour passer sa vie entière avec Edward... au début elle s'était fait à l'idée, se disant que ce ne serait jamais sérieux. Mais le blond avait cette élégance d'actes et de pensées, cette gentillesse innée, et puis considérait son intelligence et sa sagesse avec une telle passion qu'elle aimait être aimée de lui, et lui rendait la pareille... Elle avait un temps été triste, parce qu'elle savait pourquoi les elfes ne se mêlaient pas aux humains. Pas amoureusement, ni aux autres races : ils étaient quasi-immortels, vivaient si longtemps, qu'elle verrait son mari mourir et peut-être ses enfants. Mais le beau-père avait trouvé un moyen de vaincre la mort... Et quand le monde serait enfin en paix totale, elle pourrait aider les autres elfes, ou à devenir entièrement mortels et raccourcir leur longévité (ce qui serait dommage) ou l'inverse...

Edward était partagé. Il n'osait pas aller discuter avec son père. Pas ici. Pas à la vue de tous... Mais il était venu le voir, quand Myriam avait enfin fini par se lever et sortir de sa chambre quand ils les avaient surpris. Et il était... choqué. Surpris. Son père lui avait pardonné ce qu'il avait fait contre lui... et indiqué qu'il l'aimait. Comme Gilnéas. Plus que Gilnéas, en fait. Il avait cru agir pour le bien de son fils et de ce qui lui était cher – et il lui demanda pardon aussi de n'avoir agi si bêtement et brutalement. De là le blond avait compris que son père n'avait jamais cessé de se dire que Genn Greymane était désormais incapable de régner sur Gilnéas, qu'il le pensait encore, et qu'il avait des plans... qui cette fois n'incluaient rien de criminel.
Mais le blond ne voulait plus rien savoir de cette nation. Il l'avait fuie – et il voulait s'émanciper complètement, y compris de son père. Or, Vincent le savait très bien. C'était pour ça qu'il lui avait donné l'autorisation de faire ce qu'il voulait de sa vie, y compris épouser une elfe en sachant que ce qu'il allait mettre au monde serait des créatures étranges. Cette discussion était importante pour Edward... Et maintenant, Lunalight, la belle, la sage, qui l'avait conquise par son exquise douceur et son naturel si agréable... et lui... allaient bientôt se fiancer.
Ils allaient combattre pour l'Alliance – et pour le futur de leurs enfants. Maintenant, il comprenait un peu pourquoi Vincent tenait autant à sa patrie... mais lui, sa patrie, c'était le monde.

Lord Vincent, lui, n'avait absolument pas ce genre de pensée. Non, il revoyait depuis qu'il était arrivé, préparait son entrevue. Il savait ce qu'il devait dire, et laisser un maximum la Guilde agir à sa place. Mais il savait aussi qu'il reverrait le Roi qu'il avait trahi. Et ça... comment agir... l'humiliation totale...
Mlle Spellwaker tremblait quand ils s'étaient téléportés en haut de la Tour des Mages. Compréhensible, toutefois : il était certain qu'elle savait, pour sa liberté. Qu'elle savait qu'il mentait et que s'il était avec eux, c'était de son plein gré. Mais s'il n'était pas une marionnette, et donc, subissait cette participation à la Guilde comme une punition pour tous ses crimes... il devrait périr encore une fois. Subir le jugement.
Oh, il s'y serait plié avec bonne foi, s'il n'avait pas eu des visions plus... intéressantes de son futur. Il avait des tâches à faire, il le savait.

Il savait aussi que Myriam ne le trahirait pas – et maintenant, il avait une confiance si immense en elle, sa loyauté, et son amour, qu'en l'observant trembler, inquiète, il étendit le bras et la drapa dans sa cape, la ramenant près de lui. Un peu plus qu'un soldat, maintenant... Plus chère à ses yeux.
Il murmura doucement :
_ Calmez-vous ma chère amie. Tout ira bien.
_ Monsieur... j'ai une question à vous poser.
Elle avait parlé encore plus bas, se lovant dans le bras et dans la cape, encore pâle. Vincent fit signe aux autres de continuer à avancer et prétexta qu'il avait un caillou dans la chaussure. Lalla ricana en indiquant qu'ils seraient libre d'aller à l'auberge après la présentation, qu'il était vraiment un gros cochon quand même, mais Fallat sortit de sa torpeur en criant que la vie privée c'était sacré. Vincent pouffa de rire, et se pencha vers sa jeune compagne.
_ Je vous écoute... ?
_ Vous... vous êtes un traître, mais vous n'avez pas à être jugé, parce que vous êtes sensé être sous le contrôle de Lalla... Mais... Vous l'êtes encore ?
_ A votre avis, Myriam... ? souffla t'il dans son oreille en faisant un détour pour embrasser sa nuque. Et quand bien même... Vous avez confiance en moi ?
_ Toujours, My Lord.
Et elle espérait aussi que cette fois, il ne lui ferait pas faire de saletés à l'Alliance ou son pays d'origine. Mais elle ne voyait pas d'intérêt qu'il aurait, à mener une nouvelle guerre civile... Bon, de toute façon, rien à faire. La main sur sa hanche reprit sa position et s'avança encore un peu plus, enlaçant la magicienne affectueusement. Le duo se remit en marche après qu'il ait dit à haute voix :
_ Et bien, je ne vois pas le problème, alors !

Elle croyait s'être débarrassée de ses choquottes, et c'était loupé, parce qu'à l'entrée du palais du Roi, Vincent la lâcha et, le cœur battant, marcha au fond de la formation, laissant le soin à la Guilde de l'introduire. Le palais l'impressionnait, il s'imaginait Gilnéas dans l'ancien temps, beau à ce point... non, elle n'avait jamais été si belle, il espérait simplement pouvoir un jour faire que Gilnéas égale Hurlevent/Stormwind en magnificence, la consolidant et l'embellissant. A l'image de sa plus loyale compagne qui ne révélait décidément son véritable potentiel qu'en sa présence. Tout ici brillait, et pourtant, on sentait la force de l'Alliance, des races et des humains derrière cette apparence majestueuse et qui aurait pu n'être que du toc... Pour un stratège comme lui, c'était assez évident que les troupes qu'il voyait n'était pas des imbéciles qui dépensaient toute leur paie au jeu et en alcool. Ce n'était pas des paysans de base, ni des abrutis alourdis par des générations de noblesse, pas comme les imbéciles qu'il avait pu voir dans sa contrée d'origine. Les gens intelligents savaient qu'un homme ne devrait avoir un rang que grâce à la valeur qu'il sait démontrer par ses actes, et si la plupart des contes racontaient que l'ambition c'était le mal, Godfrey savait tout à fait qu'en réalité sans ambition, aussi naïve soit-elle, comme leur volonté de rendre le monde propre et en paix, personne ne peut avancer. La sienne était grande, et il savait reconnaître ceux qui servaient celle d'un autre. Tous ces hommes servaient le Roi d'Hurlevent, et ils étaient arrivés à cette soif de protéger le maître de leur nation parce qu'ils avaient voulu mener les hommes vers la victoire...
Ils arrivaient à présent dans la salle du Conseil, et autour de la table stratégique, les allures des chefs des elfes, nains, gnomes, draenei, s'alignaient aux côtés de celle du Roi Varian Wrynn et de Genn Greymane, devenu conseiller. Cruelle ironie, se dit Godfrey dans sa moustache. Maintenant c'était Greymane qui devrait voir ce que ça faisait de voir son Roi faire des décisions stupides... surtout que Wrynn n'était pas connu pour sa sagesse.

Lunalight s'agenouilla face à eux, un genou en terre, baissant les oreilles, puis vint Kelv, Lalla, Fallat, Edward, Myriam... et une autre silhouette, masquée dans le noir, qui n'eut pas le temps de s'incliner que la voix de Varian retentissait.
_ Satalie Lunalight. Qui est cet homme qui vous accompagne... vous avez dit vouloir intégrer un nouveau membre à votre équipe.
Greymane frémit. Il devait avoir déjà une idée – et se leva de son siège, tremblant. Wrynn lui jeta un regard étonné.
_ Qu'y a t'il... ?
_ Cet homme... ?! C'est impossible : il est mort sous nos yeux... Guilde du Blizzard, qu'avez-vous...
Lunalight se redressa à son tour et fit face aux dirigeants, sourire franc et assuré aux lèvres. Elle s'affirmait en tant que chef de la Guilde, et Kelv n'avait pas son mot à dire. Elle savait parler, et ne faisait rien sans l'avoir mûrement réfléchi... sauf peut-être pour Edward, mais elle avait toujours reconsidéré les options. En terme d'intelligence pure, le seul de la Guilde à l'égaler et la dépasser était le magicien tireur qu'elle allait présenter – et défendre.
_ Mesdames, messieurs ; fit Satalie, sa voix retentissant dans le silence, avant que je ne vous dise l'identité de cet homme, vous devez savoir qu'il n'est pas ici de son plein gré, et que nous l'avons déjà tué une fois. Sa présence ici n'est due qu'aux runes d'obéissance que Brightweave a apposé sur le sceau même de son âme. Il ne peut plus rien faire contre l'Alliance et contre la Guilde, ni même penser – si tel était le cas, Lalla le saurait sur-le-champ et nous mettrions fin immédiatement à ses jours.
_ C'est un mort-vivant ? s'étonna Tyrande, reine des elfes. Par quelle magie a t'il le corps d'un humain ?
_ Je pense que ce sera à lui de le demander, fit Lunalight, souriante. Parce que cette quête d'un nouveau corps n'était pas en désaccord avec l'Alliance ni la Guilde, et que le fait qu'il ait réussi prouve simplement que nous faisons bien de l'intégrer dans la Guilde. Cet homme était de son vivant un stratège remarquable qui s'est fourvoyé en de mauvais choix, et qui dans la mort a une chance de servir pour la bonne cause, avec cette intelligence qui est la sienne....
_ Non...
Greymane soufflait, choqué, reculant jusqu'aux murs. Vincent y vit là l'occasion parfaite et sourit sous son chapeau, adressant un clin d'oeil à Myriam. Elle allait avoir sa réponse tout de suite. Le noble fit quelques pas en avant, lentement, sortant de l'ombre, le visage masqué sous le chapeau... L'expression de Greymane se figea dans le choc.

_ Merci de m'avoir introduit, Officier Lunalight. (Il releva le regard et le planta droit sur le Roi, Satalie se décalant sur la droite pour le laisser aller devant les autres de la Guilde. Sourit.) Mon nom est Lord Vincent Godfrey. Et...

Dans un silence incroyablement pesant, Lalla eut l'illumination de lui hurler « Tais-toi et agenouilles-toi » et il le fit dans la foulée, prenant néanmoins de poser  le genou correct en terre, selon toute l'étiquette, signifiant la totale soumission d'un vassal au supérieur, au roi.
Brava néanmoins l'interdiction pour prononcer :
_ Puisque tel est l'ordre de mon maître, je souhaite servir l'Alliance aux côtés de la Guilde du Blizzard. A votre service, Votre Majesté.
Mais il s'était incliné devant Varian Wrynn, pas devant Greymane. Or, il aurait du le faire – sa faction n'était pas Gilnéas. Si ce simple fait passa inaperçu pour pratiquement tout le monde, Edward, Myriam et Genn comprirent tout à fait le message.
Il ne le reconnaissait pas comme roi de Gilnéas – plus jamais.


*    *    *

    Un groupe de sept faisait face à une infinité de créatures monstrueuses, aux ordres d'Al'Akir, le maître élémentaire des Airs. Corrompu par Neltharion, par Deathwing, le Dragon qui était leur cible, et à qui Vincent en voulait tout particulièrement depuis qu'il avait appris des archives de Dalaran qu'il était Lord Prestor, l'homme qui avait failli faire foirer la Deuxième Guerre en prodiguant de faux conseils à l'Alliance Humaine. Sous un déguisement humain...
Lui aussi il avait bien l'intention de lui rendre la monnaie de sa pièce.
Lunalight venait simplement de se transformer en loup gigantesque, trois fois plus gros que la normale, devenue Archidruide elle aussi. Kelv brandissait deux doubles haches à chaque main, imbibées de flammes démoniaques, plus agile que jamais. Edward brillait de Lumière... Son armure recevait toute cette lumière et la canalysait dans ses armes. Lalla ricanait, sur le dos d'un démon infâme, de trois mètres de haut et brûlant encore de haine. Fallat était concentré sur chacun de ses compagnons, prêt à soigner.
Derrière, dans le rang des attaques à distance, Vincent invoquait des goules qu'il jetait au rang de l'attaque en mêlée, avec Lunalight, Kelv et Edward... Mais, Myriam à ses côtés, sous une forme de lionne se tenant sur deux pattes, il souriait étrangement.

Le plan était clair. Les combattants au corps à corps se jetèrent, et les distance lancèrent leur sorts – mais ni Myriam ni lui ne bougèrent, la magicienne utilisant son nez pour détecter les ennemis qui auraient pu se tenir dissimulés, prêts à aider leurs compagnons, ou qu'ils n'auraient pas vu. Pendant que la mêlée se battait contre la mêlée, la lionne et le chasseur se déplacèrent derrière un groupe d'ennemis qui s'approchaient de la démoniste et de Fallat.
Ils étaient en hauteur – et le sourire de la lionne se transforma en un grand rictus amusé, devenant humaine à nouveau. Leurs ennemis ne les virent qu'au moment où elle finissait son incantation – et les dix adversaires... se changèrent en balles.
Godfrey esquissa un sourire diaboliquement amusé et... chargea les balles. Puis le canon se tourna vers la mêlée.

22.12.2011

Chapitre Trente Cinq

L'unique taverne réservée au peuple de l'Alliance exclusivement de Dalaran, était dirigée par une haute-elfe, Isirami, qui se prenait aujourd'hui la tête dans les mains et désespérait devant ses réserves d'alcool et de nourritures qui baissaient à une vitesse plus que considérable. Certes, l'homme avait de quoi payer, et ses beaux vêtements tout frais achetés le prouvaient, mais quand même, elle allait devoir re-négocier avec les fournisseurs de gros, et ça, c'était moins drôle.
Il était arrivé deux heures auparavant, sur le coup des cinq heures  alors que tout le monde était en train de finir des collations, s'était assis en indiquant au serveur de se bouger parce qu'il était littéralement mort de faim (personne ne le prenait au sérieux évidemment). Quand le serveur était venu, il avait commandé douze plats. Oui, douze. Le serveur avait regardé le client, et son aspect quasiment maigre. Un type très grand, mais sec comme une noix et dont le corps, qui ne comportait aucune graisse, s'ornait de quelque centimètres de muscles. Comme si un type comme ça, un ascète, pouvait réussir à avaler douze de leurs plats.
_ Et à boire monsieur. Quel type d'alcool.
_ De l'eau. Mais de l'eau. Je veux un tonneau d'eau, et après, pour l'alcool,  je vous ferai signe.
Il avait sifflé la moitié du tonneau d'eau à lui tout seul, sans rien dire, et englouti les pâtes carbonara d'un coup. Selon lui, commencer par les pâtes réhabituerait progressivement son corps, qui apparemment n'avait survécu ces derniers jours qu'avec des gateaux de mana et du sirop de mana aussi, choses que les mages invoquaient mais qui au niveau calorique, vitamines etc, n'apportait que dalle.

Et là, le cauchemar avait commencé. Pendant une heure, il ne fit que manger et boire non-stop, faisant taire tout le monde, et je dis bien tout le monde, dans la taverne. Les nains, en particulier, étaient stupéfaits du traitement qu'il infligeait à l'alcool. Au bout d'une heure, l'un d'entre eux osa s'approcher et regarder le vin qu'il venait de vider.
_ Eh, gaillard... c'est du gâchis, tu prends même pas le temps de l'apprécier...
_ Est-ce que j'ai réellement besoin de vous faire une description œnologique complète de ce vin pour vous prouver que mon palais est en parfaite mesure de le savourer, étant donné qu'à l'inverse de vous autres, bande de nains ivrognes, je prends le temps d'acclimater ma bouche à une nourriture et une boisson normale histoire de satisfaire les besoins de base, et être ainsi capable d'apprécier à leur juste valeur le reste de ma commande, œuvres culinaires et gustatives de qualités qu'il serait un sacrilège de déprécier en la considérant comme de la vulgaire pâtée et de la piquette, un peu comme ce que vous faites vous, en vous jetant comme des bêtes sauvages sur des œuvres artistiques dont les artisans n'ont pas même l'occasion et l'honneur de goûter et d'émerveiller leurs papilles à leur propres créations, créations qui par ailleurs me manquaient cruellement, mon ami, je reviens de la mort, et je puis vous assurer que perdre le goût de toute chose en ce monde est un châtiment bien plus cruel que toute punition qui puisse exister. Maintenant je vous prierai de me laisser continuer mon repas, et si vous m'offrez une bière exemplaire de ce que votre race peut produire, je puis me charger de régaler les oreilles du monde en racontant des récits de guerres que j'ai personnellement menées, de camaraderie et de bravoure de soldats, frères et compagnons d'armes, ce dont je ne doute pas que vous apprécierez, étant donné qu'à mon avis, vu l'expression hagarde que vous arborez, la prouesse vocale de mon esprit vous laisse sans voix, et sans en comprendre la moitié, vous admirez ma verve. Est-ce que je me trompe ?
….
Comme prévu, le nain n'avait rien compris, et il se contempla de cligner des yeux sans comprendre qu'il avait été insulté, traité de gosse, et qu'en plus l'autre lui proposait de se vanter, tout cela en échange de quoi au lieu de le cogner, le nain lui offrirait à boire.
_ Hé, aubergiste ! De la bière d'Ironforge, et en quantité, merci !
Le noble – qui avait assez bien démontré son éducation- sourit, et porta à sa bouche un savoureux bout de sanglier.

    Quelques heures plus tard, il venait tout juste de finir de raconter ses récits de guerres – pour le moment, mais ses compagnons de beuverie avaient déjà tous roulé sous la table. Lui, eut le plaisir de constater qu'il avait eu le temps de digérer un peu, et que sa peau recommençait enfin à s'orner de belles bosses au lieu de la maigreur effroyable au dessus des muscles, et qu'il avait l'air bien plus sain qu'avant.
Mais il ne s'était pas simplement contenté de satisfaire ses besoins comme une bête primaire : s'il était bien conscient qu'il devait néanmoins le faire, voilà aussi pourquoi il avait commencé par des choses simples et basiques, avant d'élever progressivement sa consommation à des mets de qualité et de se distinguer de la bête en, humain, prenant le temps de savourer, déguster, et distinguer l'art du vulgaire. Ensuite, le besoin d'être entouré et de se vanter, ça aussi, c'était fait : il s'était jeté des fleurs toute la soirée, et personne ne l'avait compris.
Par une chance incroyable, il n'avait toujours pas vu un seul des membres de la Guilde, et supposa donc qu'ils devaient être partis faire quelque chose pour la soirée, en effet, la majeure partie de la Guilde venait de rentrer d'une mission et se faisaient une fiesta à Hurlevent.
Alors... alors, alors, alors, il était tranquille, et s'il le voulait, pouvait même se barrer maintenant.

Oui.
Parce que l'Alchimiste, si en tant que démoniste il avait réussi à décoller son âme de son corps de mort-vivant et le remettre à celui qui était à 99% identique, soit, l'homoncule, de sorte à ce que maintenant ce nouveau corps était réellement le sien, il n'avait néanmoins pas gardé la rune de la Guilde.
Et... et le Lord était entièrement libre de lui-même. S'il voulait tuer quelqu'un, il le pouvait. Peu importe cette personne. Mais enfin, son esprit était libre. Il se reconnaissait comme complètement... lui-même : son cerveau aussi avait été reconstruit à 100%. Et ses actes précédents... il n'avait pas encore réfléchi à ce qu'il aurait réellement fait. Mais une chose était sûre : d'avoir trahi le Roi était une énorme connerie, dont il s'était affranchi en payant le prix de sa vie et de sa non-vie. Il avait encore des choses à racheter avant d'être neuf et pouvoir accomplir ses nouveaux projets et ambitions, mais il avait besoin de la Guilde pour ça. Alors personne ne le saurait.

Il manquait encore une chose – et si la faim et la soif l'avaient tiraillé pendant les trois jours qu'il avait mis à venir de l'enclave jusqu'à Dalaran, maintenant, un nouveau truc occupait son esprit.
Il pouvait aller voir des courtisanes. Il y en avait à Dalaran, et elles pouvaient aussi pour la majeure partie d'entre elles, porter un nom moins délicat. Mais il fallait savoir où aller, et s'il en avait connaissance... Une chose qu'il savait, était que ce genre d'expérience se déroulait tellement mieux s'il y avait de l'amour dedans... que ce n'était pas la peine qu'il gâche tout en faisant n'importe quoi. De l'amour ? Mais qui aimait-il encore... la femme qu'il avait aimé, il avait du mettre fin à ses jours lui-même. Depuis ? Personne, à part Gilnéas. Et ce n'était pas une dame.

Quelqu'un, un homme grand, coiffé d'un chapeau noir et d'un feutre noir élégant sur ses grandes épaules, entra à l'intérieur de l'auberge d'Amisi et d'Arille Azuregaze. Seul Arille se trouvait à l'intérieur, essuyant son comptoir, et leva ses longues oreilles en l'entendant. La nuit était tombée depuis un moment déjà, et les clients étaient partis.
L'elfe de sang (ou le haut-elfe, il ne savait plus, et il s'en fichait, d'ailleurs) parut étonné.
_ Vous désirez, monsieur... ?
_ Excusez-moi, si je ne me trompe, c'est bien ici que loge la Guilde du Blizzard... ? Je suis un de leurs amis.
Comment est-ce que vous voulez qu'Arille le reconnaisse : il n'avait jamais vu sa forme humaine. Il haussa les épaules.
_ Heu, oui, mais ils ne sont pas là... enfin, si, il y a bien la mage, mais je crois qu'elle dort quasiment non-stop depuis plusieurs jours.
_ Je sais : je l'ai vue aujourd'hui, elle m'a proposé de faire une petite fête dans sa suite avec les autres. Elle était tellement fatiguée la pauvre, elle ne devait pas avoir toute sa tête. Bon, écoutez, je vais quand même aller la voir, et on ne sait jamais, des fois que les autres reviennent mais qu'ils aient oublié de vous prévenir : mettez le sort d'insonorisation, je ne voudrais pas alerter tout le voisinage. Vous savez comment ils sont.
_ Bah, ils m'auraient prévenu... fit Arille en haussant les épaules.
Mais le noble, qui savait qu'il avait presque réussi à l'avoir, esquissa un sourire taquin et lança, amusé, un magnifique :
_ Parce que c'est leur genre d'être conventionnels, maintenant ?
_ Ah, oui, vous avez raison, suis-je bête, répondit Arille en se donnant une tape sur le visage. Et puis si ils ont appris pour la petite Mimi... enfin, je ne devrais plus dire « petite » n'est-ce pas ? fit-il avec un clin d'oeil. Je vous fais ça tout de suite.
_ Donnez-moi du champagne, aussi, fit Vincent pendant qu'Arille activait une rune derrière le comptoir. Ça fait toujours du bien peu importe l'occasion.
Sauf qu'il n'avait pas la moindre idée de ce dont l'elfe pouvait bien parler. Il savait juste comment il voulait arriver, et les deux coupes de champagne dont l'elfe déposa la bouteille sur la table devant la porte, lui fournissait la situation idéale.

    La magicienne ne fêtait rien du tout – elle continuait à travailler. Malgré l'obtention de son titre d'Archimage, qu'à son grand regret personne à part le couple Azuregaz n'avait appris, la Guilde n'étant pas là, il lui fallait continuer à travailler. Elle pensait qu'elle pouvait changer plusieurs choses d'un seul coup, travailler sur un combiné comme ceux qu'elle avait fait avec Edward et la prêtresse au début de cette aventure, et au lieu de congeler une zone, changer tous ceux qui s'y trouvaient en même créature. Jusqu'ici, elle devait s'y prendre cible par cible...
Elle épluchait les ouvrages qu'elle avait retrouvés dans la chambre d'étudiant ayant appartenu à Arugal, le nez penché dessus, assise et travaillant sur un bureau qui se trouvait dos au mur, sous la fenêtre principale, une bouteille pleine d'eau invoquée et un plateau de gâteaux de manne aussi, auxquels elle n'avait touché, et dont l'incarnation physique commençait à s'effacer.
Les lignes avaient l'air de danser sous ses yeux... non, pas question de s'endormir ou de se déconcentrer. Toujours plus. Elle devait toujours plus en savoir – si elle maîtrisait ce sort, elle pourrait l'utiliser en masse sur les Gilnéens pour les retransformer en humains.
Non, là, elle était vraiment fatiguée – les lettres venaient de se transformer en une main gantée qui tendaient une coupe de champagne sous ses yeux. Elle secoua la tête, désespérée de son manque de résistance, et pesta :
_ Comme si j'avais besoin de boire, maintenant...
_ Non, mais l'envie de trinquer avec moi...
_ CHAT !
Alors : en fait, Myriam avait sursauté, s'était même pas retournée, et lancé une métamorphose en chat derrière son épaule sans baguette ni bâton ni rien, sur son agresseur présumé. Oui, parce qu'elle avait eu peur, quelqu'un s'était glissé dans son dos : forcément un agresseur.
Elle ne se permit de faire volte-face qu'en sachant que son ennemi était devenu un chat, et, soulagée, s'apprêta à capturer et vaincre l'opposant.

Mais le chat en question, s'il agissait comme un chat, en sursautant dès sa transformation et partant courir comme un cinglé, la queue en point d'interrogation, une fois qu'il eut sauté par dessus une table avec un bond qui aurait fait enjamber une maison à un humain... Leva le nez vers elle, parut sentir – oui, elle devait sentir le loup pour un flair avisé, et donc – et... et à la stupéfaction de Myriam qui savait que la métamorphose avait fonctionné, le chat revint vers elle en ronronnant et sauta sur ses genoux.
Donc, ce n'était pas un ennemi. Étonnée, la louve devenue humaine à 150% leva le sort quand le chat se frottait contre elle et lui léchait la main...

Et elle se retrouva avec un Lord anglais à califourchon sur ses genoux, un bras passé dans son dos à caresser, et l'autre lui tenant fermement la main pour pouvoir faire le baisemain. En gros : dans les mangas, elle se serait mise directement à saigner du nez. A la place... bah...
_ Pardon-pardon-pardon-pardon-pardon-pardon
_ Il y a de quoi, fit-il en relevant le visage carrément trop près du sien, vous venez de me mettre le premier râteau de ma vie, et en plus, vous m'avez transformé en chat. M'ôter cette humanité que j'ai mis si longtemps à récupérer, mérite une dure punition.
_ G........ Mylord, vous... comment est-ce que v...
Comme la position n'était pas stable, et que quand même le mobilier n'était pas de toute première jeunesse surtout quand une magicienne s’exerçait dessus, quand Vincent regarda par dessus son épaule en apercevant le mot d'« Archimage », le déséquilibre cassa la chaise et Myriam tomba par terre comme une pierre, le Lord restant debout, stoïque.
Plus si stoïque que ça quand elle réussit à se relever et qu'elle vit qu'il ôtait ses lunettes pour les nettoyer et les remettre, sidéré, en lisant le papier qu'elle avait étalé sur le bureau, sous une couche de verre. Le...
_ … Vous l'avez fait.
_ Vous l'avez fait.... ?! Comment ?
_ L'Archimage de Gilnéas... spécialité dans les malédictions de métamorphose... quelle ironie. Il n'empêche que je dois vous féli...
Il s'interrompit en voyant la tête, l'expression, absolument impayable de Myriam. Elle balbutiait, rouge du cou jusqu'au front :
_ Que-que-que mais qu'est-ce que vous avez réussi à faire ?! V... vous, c'est bien vous, hein, c'est pas votre sosie que vous avez envoyé me tourmenter, vous êtes un ennemi qui a pris une forme qui me touche c'est ça, non, même pas, je ne sens aucun sortilège sur vous, qu'est-ce que c'est que...
_ Minute, papillon : et cette malédiction de Worgen, alors ?
Elle ne répondit pas, et à la place, se fendit d'un gros sourire gêné. Mais pas le genre de ce qu'elle aurait pu lui faire en temps normal, non : le genre d'assurance, qui est un peu gênée parce qu'elle est encore rouge à cause de la position précédente. …
_ Vous êtes guérie ?
_ Hé, vous n'êtes pas un très bon chasseur si vous n'êtes pas capable de voir la vérité...
_ … Vous êtes une louve transformée en humaine ?! (Il sortit un pistolet) je vous jure que...
_ Non. J'ai juste inventé la malédiction de l'humanité...  C'est la même chose que la malédiction des Worgens, en inversé, en fait.  J'ai travaillé deux mois à trouver comment transformer quelqu'un en humain, et deux autres pour changer le sort en malédiction.
_ Brillante. … brillante. Je vais bientôt avoir l'occasion de voir si c'est réel, ou pas.
_ La même chose peut être dite de vous... Mylord, dit-elle tout doucement pendant qu'il rangeait son pistolet. Vous avez vaincu la mort.
Le noble fit un grand sourire et lui tendit la main pour l'aider à se relever, ce qu'elle accepta.

Mais alors, elle fut un peu trop près, et il n'avait nullement l'intention de lâcher sa main. Oh, non. Pas avec cette teinte taquine, moqueuse, dans le sourire, pas avec ce regard fier et... et... et alors ça, elle ne l'avait jamais vu que dans les yeux d'Edward quand il regardait Lunalight, ou dans ceux de l'elfe, avant qu'ils s'éclipsent pour « parler ». Heu...
_  Et bien, en tant que supérieur hiérarchique, je me dois de vous féliciter pour ces deux missions que vous avez accomplies... !
_ Mais, monsieur, (elle tenta de se dégager, mais il serrait un peu trop fort, et elle n'y allait pas franchement, plutôt gênée qu'autre chose) c'était mon devoir, et... Lâchez-moi, s'il-vous-plaît... ?
Tout à fait crédible.
_ Pourquoi, cela vous gêne... ?
Pas bon ça. Pas bon du tout. La magicienne luttait contre la louve et l'humaine qui étaient en train de lui hurler de se blottir et de cesser de se débattre. Mais sa raison lui dictait autre chose. Et, avec une voix si plaintive qu'on aurait dit un chien qu'on se proposait d'abandonner, elle gémit :
_ Les deux dernières fois que vous m'avez embrassée... ou tenu ainsi, c'était pour une dernière volonté avant de m'exécuter, et la deuxième fois, vous m'avez manipulée pour que je vous aide dans votre coup d'état... alors vous pouvez comprendre que j'ai peur de vous quand vous essayez de me séduire, maintenant...
En fait, elle regretta de l'avoir dit : c'était comme si sa fougue s'était évanouie. Elle était toujours dans ses bras, comme s'ils allaient danser une valse, mais il n'y avait plus cette chaleur caractéristique. Un pur moment brisé... Mais il l'attira de nouveau, la demoiselle n'opposant plus de résistance, et murmura à son oreille, enlevant les cheveux pour les placer en arrière, avec une voix étrange :
_ Vous avez tenu vos promesses envers moi... et moi, aucune de celle que je vous ai faite. La seule chose que je peux faire, c'est réaliser la plus grande partie d'une promesse implicite que vous attendez de moi.
_ Une... une implicite ? bégaya t'elle, pressée maintenant contre lui. Elle entendit un petit souffle, comme s'il souriait.
_ Je ne peux pas vous aimer, Myriam... mais je peux vous donner ce que j'ai de plus proche. Et ce ne serait pas grand chose pour vous remercier de votre loyauté.
Pff... Espèce d'idiote. Qui croyait-elle tromper en s'imaginant qu'elle allait le repousser. En tout cas, seulement elle-même, parce que ce qu'elle avait d'humain agit à sa place, en allant prendre ses lunettes, les lui ôter, et les poser à côté des deux verres de champagne sur le bureau.
Et puis, il la laissa venir chercher le baiser, parce que c'était différent, cette fois.


    *    *    *

_ Hooo... ! Mimi ! Faut fêter ça ! gueula une voix à travers la porte. Une grosse voix, une voix de nain.
L'elfe fit, plus modérée :
_ Picoler à huit heures du matin... Je sais que c'est important, mais tu pourrais attendre l'heure de l'apéritif quand même !
_ Heh ! C'est pas tous les jours qu'une neuneu de première classe devient Archimage ! Putain : Archimage, tu te rends compte ?! s'écria la voix nasillarde de Lalla.
_ Elle dort peut-être encore, suggéra Fallat. Cela a du être épuisant... !
_ Meuh non, c'est pas une lève-tard, et puis elle sera ravie qu'on rentre lui faire la surprise, s'exclama Edward, ALLEZ, DEBOUT !!!
Et sur ces bonnes paroles, il défonça la poignée.

Ils rentrèrent dans la suite de Myriam et virent qu'il y avait quelqu'un qui dormait sous les couettes. Entendirent une voix murmurer :
_ Faites-les sortir, je sens qu'ils vont m'agacer...
_ Je voudrais bien vous y voir, moi... ! Vous savez autant que moi qu'ils sont têtus !
_ Mais à qui est-ce que tu parles Mimi ? s'étonna Lalla en se dirigeant fermement vers les couettes.
Lunalight fut assez rapide pour l'attraper, mais pas assez pour empêcher Kelv de blaguer, malgré Fallat qui essayait de le faire taire et Edward qui ne savait plus où se mettre :
_ Naaan, elle a réussi à trouver un mec assez bête pour ça ? Naaan, j'y crois pas... !
_ Il vient de vous traiter d'abruti, là.
_ Il vient de me traiter d'abruti.
_ Oui. D'abruti.
_ Kelv, fit une voix mâle de dessous la couette, si tu ne dégages  pas tout de suite d'ici avec tes petits copains, elle, elle te transforme en cochon, et moi, je te fait rôtir.
_ Heu....................... Ça me parle c'te voix... fit Kelv – mais alors Edward et Fallat blêmirent en comprenant et en voyant des vêtements de fort belle facture posés sur une chaise, et firent sortir tout le monde avec des coups de pieds, sauf sous la couette.

Inutile de vous dire qu'Edward ne savait plus où se mettre quand en plus, il entendit crier qu'au fait, ils avaient son autorisation avec sa « minette aux oreilles longues ».

20.12.2011

Chapitre Trente Quatre

_ Alors... Montrez-moi ce que vous savez à présent faire.
Fanoraith croisa les doigts, souriant, observant avec attention l'apprentie qui était venue le trouver. Elle disait être prête... Il avait du mal à la croire. Pourtant, c'était rare qu'on la voit avec un tel sourire assuré. Voire même, c'était collector.
La magicienne était debout, près de la fenêtre de la grande salle d'études que l'elfe avait, son office. Entre les bibliothèques où elle avait travaillé avec ardeur durant ces quatre derniers mois. Elle souriait – et fit non de la tête. Fanoraith nota qu'il y avait quelque chose de différent en elle... mais quoi ?
Il se leva de son confortable fauteuil, pour s'approcher et regarder s'il s'agissait bien de la même personne. Aucun doute. Pourtant, l'atmosphère de la pièce avait changé depuis qu'elle l'avait fait venir pour la dernière fois, deux semaines auparavant... Il en était sûr. Avait-elle modifié quelque chose.... ? Elle avait travaillé sur les métamorphoses. Était-il  possible qu'il se soit trompé de salle ? Non. Ca venait d'elle. Mais qu'avait-elle fait?
_ Je ne peux pas vous le montrer ici, monsieur. Cela risque d'être dangereux. Je vous suggère de me suivre...
_ Tch, pas question. Je n'ai aucune envie de sortir d'ici.
_ Je me suis mal exprimée : vous n'avez pas le choix.
L'elfe de sang ouvrit de grands yeux comme vous l'avez probablement fait. Myriam... avec une arrogance pareille? Elle était ivre ou quoi ? Il était sûr et certain que la jeune fille qu'il avait vu venir dans l'Académie de Magie, toute timide, avec son bout de papier, à demander un maître d'études, n'était pas la même que celle qu'il avait sous les yeux. Ou alors, elle avait reçu une nouvelle qui changeait sa vie.
Il procéda par élimination, étonné, face au sourire mystérieux de la magicienne dont les mains commençaient à brûler, mais dont il ne comprenait pas encore les intentions.
_ Les maîtres des runes ont trouvé le remède miracle à votre malédiction ?
_ Non. Et vous êtes loin de l'idée.
_ On vous a donné un papier officiel comme quoi vous faisiez partie pour toujours de la Guilde ?
_ Non. Mais je puis vous assurer qu'avec ce que je vais vous montrer, je n'ai nul besoin d'un tel papier. L'inverse serait aberrant.
_ Il s'est passé quelque chose, s'étouffa Fanoraith. Vous n'êtes pas comme ça, d'habitude ! (Il réfléchit intensément. La boule de feu dans les mains de la magicienne grossissait, mais il ne s'en rendait pas compte...) AH ! JE SAIS ! (il claqua des doigts) Vous êtes devenue une femme complète ! Votre mentor il a récupéré un corps c'est ça ?!
_ Imbécile, rétorqua t'elle en lançant une boule de feu sur lui.
Il la dévia au dernier moment, surpris, et s'apprêta à rugir – mais il vit... un papillon s'envoler par la fenêtre en lieu et place de Myriam.

Ce n'est pas pour la frapper ou la combattre qu'il invoqua sa monture volante pour la poursuivre jusque dans les plaines de Cristal en dessous de la cité volante de Dalaran, mais parce qu'il était stupéfait. D'accord, elle avait réussi à atteindre la puissance des derniers cercles, soit, le 85ème, d'accord, elle était en affinité avec les malédictions de transformations à cause des Worgens, d'accord, elle avait appris son sortilège.
Mais réussir à se transformer soi-même, et rester entièrement maître de soi... Oh, bon sang. Il réalisa une chose.
La Myriam qu'il avait vu dans l'étude – ce n'était pas une humaine. C'était une Worgen, qui s'était lancé à elle-même le sort de transformation en humaine. Et, selon les théories qu'elle lui avait soumise, quand on transformait quelqu'un, ses instincts les plus puissants ressortaient. En somme...
Myriam n'avait paradoxalement jamais été plus humaine. Tout ce qu'il y avait de son ancienne personnalité ressortait, multiplié encore, simplement doublement influencée. Ses peurs s'étaient effacées, parce que la louve n'avait pas peur, quasiment pas, et qu'elle avait choisi de laisser passer cet aspect courageux de sa forme bestiale. Mais c'était tout... et il n'était pas certain, songea Fanoraith qui avait épluché son profil psychologique, que la louve ait vraiment quelque chose à voir là-dedans, si ce n'est pour la facilité doublée d'incantation. Myriam savait qu'elle était capable de faire ça – et, pour le coup, une auto-transformation, même si jamais elle ne serait aussi puissante que celles des druides, était vraiment du niveau d'un Archimage.
Elle avait du rester des mois sous cette forme. Il ne souvenait plus de la première fois qu'il avait commencé à l'entraîner... Ne rebasculant en humaine que pendant qu'elle le voyait. Mais, d'avoir fait cela lui permettait de doubler son temps d'entraînement. Aucune pensée à part l'entraînement, et le travail à faire, les théories à réfléchir. Rien. Les quatre derniers mois avaient du être sans relâche.
Elle s'était posée au milieu de cinq arbres enchantés (alors, c'est simple : c'est comme les Ent, les gros arbres qui marchent dans l'univers de Tolkien) et... Pendant qu'il s'approchait, elle avait fait l'exploit de tous les changer en animaux différents. Un chat, une souris et un chien, qui se courraient après, mais aussi, une meule de fromage sur pattes et un éléphant qui bondissait sur place à cause de la souris.

_ Je suis... je suis très impressionné. Vraiment.
_ Ce n'est pas fini, monsieur. Vous m'avez dit qu'un esprit fort pouvait se libérer de lui-même, n'est-ce pas ? Tout du moins se contrôler.
L'elfe de sang, descendu de sa monture, inclina la tête en dévisageant la magicienne, sous une forme... elle avait pris la forme de la vendeuse de fruits ? Une jolie elfette de sang, qui, pourtant, était Myriam, sans aucun doute. Elle lui adressa un clin d'oeil moqueur.
_ Alors ?
_ Oui... oui, j'ai bien dit ça. Mais, vous savez, maîtriser la métamorphose, pourquoi pas, l'auto-métamorphose, mais je suis un Archimage, rappelez-vous, vous ne réussirez pas à -
_ Et moi, je suis un membre de la Guilde du Blizzard.
Il lança un sort pour refléter les magies, mais elle se contenta de lui lancer un vol d'effet positif, et récupéra le bouclier réflecteur... puis le regarda dans les yeux, l'humaine arborant un sourire carnassier aux lèvres qu'il ne lui avait jamais vu.
_ Poule.
 Oui, vous avez bien lu : Fanoraith l'eut très mauvaise, et ça peut se comprendre.

En l'espace de deux secondes, son esprit se tordit dans la passion qu'il avait toujours eu pour les terres magiques, s'étendit à la terre normale, par extension, aux vers de terre, et il réalisa qu'il avait une petite faim. NON ! Lui, c'était un elfe – il releva les yeux vers la grande perche humaine, qui, accroupie, riait de bon cœur, et s'apprêta à lui rentrer dans le bide pour redevenir un humanoïde, parce que, là, elle venait de lui faire une grosse humiliation – sauf que... Il réalisa que c'était vachement plus intéressant d'essayer de gober les vers.

Puis, soudainement, il se rappela de qui il était et jura de se contrôler. Mais d'un autre côté c'était tellement bien d'être une poule – il comprit, se voyant assis au sol, qu'elle venait d'annuler sa malédiction, et le regardait avec un grand sourire vicieux.
_ Alors ?
Il cligna des yeux, secoua la tête, et... et s'inclina en face d'elle.
_ Alors ? Je ne me suis jamais senti plus stupide que pendant la minute où vous m'avez transformé en poule. Je reconnaît votre force... et votre grand potentiel. Je pense que, en effet, parmi les Gilnéens vivants... (Le seul autre Archimage avait été Arugal, et il était mort. Il se fendit d'un grand sourire.) Vous méritez le titre d'Archimage.
La métamorphose continue de la Worgen en humaine s'acheva, tout simplement parce qu'elle était trop choquée, et bascula immédiatement en humaine qui... qui se mit à bégayer. Mais tellement bégayer que sa tête se mit à tourner et que, riant, Fanoraith dut lui donner une goutte d'hydromel pour qu'elle se reprenne.
Quatre mois d'entraînement jours et nuits... oui, ça pique.

    *    *    *

S'il avait été encore humain...
Il aurait été couvert de sueur. Mais comme il n'avait plus de peau ni de graisse ni rien qui lui permette de transpirer, à vrai dire, ça lui évitait les mauvaises odeurs liées à ce phénomène. Par contre, il puait toujours autant la mort. Eurk. Heureusement qu'il ne pouvait pas sentir sa propre odeur, sinon, il n'aurait probablement jamais réussi à tenir quatre mois comme ça.
Un combat par semaine, comme ça, les autres avaient le temps de se renseigner et de s'entraîner. Chacune des projections était doté d'un système de réflexion propre, curieusement docile car aucune ne pensait à s'enfuir, mais en revanche, elles voulaient toutes gagner. En utilisant la partie de la personnalité de leur maître initial qui les pousserait à vouloir la victoire.
Sauf que Godfrey était le seul à avoir réellement un objectif, et celui-ci était de taille. Il n'avait pu rencontrer l'alchimiste souhaité qu'avant la finale, lorsqu'il avait paru effectivement probable qu'il puisse gagner, et du reste, c'était l'alchimiste lui-même qui s'était déplacé, en cachette de Tirion. A ce stade-là, même s'il perdait la finale, cela aurait été injuste de ne pas le lui accorder...
D'autant plus qu'il avait bien fait : sa commande mettrait au moins une semaine à être prête.

Oui. Parce que le Lord avait décidé de participer, vous vous en souvenez. Il avait commencé à se battre dès la deuxième semaine du début du tournoi, et avait affronté un expert du poison qu'il avait réduit en poussière... mais au contraire de tous les autres, lui avait suivi avec attention le tournoi. S'était renseigné sur chaque opposant. Leur histoire. Leur faiblesse. Leurs forces. Tout cela était extrêmement important pour qu'il puisse concocter un plan, une stratégie, pour chacun.
Il ne devait pas se permettre de perdre. Non. C'était peut-être un jeu pour tous ceux qui regardaient, mais pas pour lui. Les cris des supporters dans les gradins, normalement, encourageaient et donnaient de la force aux combattants, ce qui faisait que pour la plupart, ça marchait à l'applaudimètre... Et lui, ses admirateurs, s'ils l'encourageaient par leur présence, étaient dans leur majorité plus discret, mais il n'avait pas besoin d'eux. Simplement, il était content de les voir se lever et hurler, quand il tenait enfin son adversaire à terre....
Ils étaient discrets – mais ils comptaient sur son intelligence. Et niveau force, il n'avait clairement pas la puissance nécessaire pour en tuer la plupart, et ça ne comptait pas du tout. Il était rusé, et s'il était parvenu à tuer Sylvanas d'un seul coup de fusil, c'était qu'il était un bon tireur. Plus que bon, d'ailleurs.
Personne à part Tirion et l'Alchimiste ne savaient qu'il participait en tant que lui-même, pourtant, apparemment, les gens ne s'y trompaient.
Quatre mois complets. Cette saison de Two Bosses Enter avait duré quatre mois – et il avait travaillé sans relâche pour être prêt face aux autres. Pas moyen qu'il perde. Pas moyen. Hors de question. Il se focalisait sur la victoire... et plusieurs de ses victoires lui avaient remis, pas de la confiance en lui car il n'en manquait pas, mais... de la confiance des autres en lui, absolument certain.
Il avait affronté une construction titanesque, un gardien du Chaos. Il avait pris de plein fouet une attaque enflammée, élémentale, d'énergie chaotique, de ténèbres.... mais au lieu de se réduire en cendres, Godfrey s'était nourri de toute cette haine. Il en avait fait son pouvoir... Rien n'avait jamais disparu en lui.
La haine ? Envers la totalité des Worgens ? Envers le Roi qui l'avait trahi ? Envers cette ordure de Sylvanas ? Intacte. Envers les Réprouvés ? Jamais elle n'avait été plus fort. Mais Godfrey était un humain, même si pour le moment il n'en avait pas l'air, et même s'il haïssait beaucoup de choses, et que ses désirs, ses passions, le motivaient beaucoup, il était capable de mettre son intelligence et le profit de sa patrie avant et de concilier les trois.
C'était pour cela qu'en ce jour...

Godfrey considéra la dépouille de l'homoncule qui avait représenté Zanzil à ses pieds. Ne lui restait plus qu'à aller tuer le vrai, maintenant. Son sens de l'ouïe était encore assourdi par l'adrénaline, quand... soudainement, il perçut un énorme vacarme. Il leva lentement les yeux vers les gradins.
Il y avait des centaines de personnes – une partie d'entre elle pestait, ou était stupéfaite. Ils ne s'attendaient pas à une victoire si rapide de sa part. Le reste... Le reste... ils étaient... ils étaient tous en train de hurler son nom. Il ne leur avait jamais fait un signe... Mais ils le supportaient et l'encourageaient. Le feraient-ils s'il n'était pas dans l'arène mais un véritable homme vivant à leurs côtés... Oh, il ne le savait pas encore. Mais il ne tarderait pas à le découvrir. En attendant – il pointa son pistolet sur Tirion... et tira en l'air.
Il y avait eu un tel silence quand il avait menacé Tirion que le coup de feu résonna magnifiquement. Puis, la foule éclata en délire, et ses yeux brillèrent d'une lumière fière. Encouragez-moi messieurs. Encouragez-moi. Vous ne le regretterez pas.
Tirion bégayait encore. Ces projections avaient été faites plus fortes encore, dans l'espoir de le briser – mais rien n'avait marché. Et maintenant, il devait honorer son marché.

    Tirion se demanda s'il ne devait pas le tuer pendant qu'il l'accompagnait hors de l'arène, maintenant que le tournoi était fini – et qu'il s'était même payé le luxe d'aller signer des autographes dans le public. Mais le sens de l'honneur... non.
Ce que cet homme voulait n'était pas quelque chose qui pouvait nuire à l'Alliance. Ou à la Horde, d'ailleurs. Il voulait juste...
Le mort-vivant poussa la porte qui menait chez l'alchimiste, et marqua un temps de pause. La tente était grande, et l'humain bizarre qui l'attendait arborait un rictus plus que plaisant pour l'ancien Gilnéen. Tirion hésita un instant, la main sur sa garde. Mais...
_ Vous ne trahiriez pas votre parole, n'est-ce pas, Tirion ? Vous n'êtes peut-être vous aussi qu'une projection... Mais votre sens de l'honneur est intact. Vous voulez tant être comme l'original que vous vous êtes formé une personnalité. Je ne suis pas différent.
L'ombre de soi-même pendant des années... le seul désir de redevenir complet, comme ils l'espéraient tous. Tirion soupira. Il n'avait pas tort... il ne pouvait pas lui refuser ça, pas après lui avoir promis pour le bien du spectacle. Ce n'était pas grave. Ce n'était rien. Il essaya de se convaincre en tournant les talons et en se mettant à courir pour organiser la prochaine saison... son sens de vivre avait repris le dessus.
Vincent releva le regard vers l'Alchimiste et fit un signe de tête.
_ Condamné à n'être qu'une copie... s'ils étaient complets, parfaits, humains, il aurait déjà compris que cette situation est humiliante. Et il m'aurait suivi. Mais encore une fois, un monstre est un monstre à moins de n'avoir été autre un jour et de vouloir cesser de l'être.
_ Vous êtes un homme étrange. Votre commande est prête, fit l'Alchimiste en souriant curieusement. Voulez-vous venir le voir ?
_ Évidemment.
Vincent emboîta le pas au démoniste alchimiste qui avait confectionné à partir d'objets leur ayant appartenu, les projections des ennemis qu'il avait affronté pendant le tournoi. Ils se rendaient vers une petite salle de la tente, et... bien qu'il n'ait pas de cœur, il était plus excité encore que tout ce qu'il avait pu avoir durant le tournoi.

_ … c'est... c'est parfait. Je vous remercie... infiniment.
Godfrey contempla avec une émotion non dissimulé... un homoncule entièrement fonctionnel de son propre corps d'homme. Crée à partir du sceau familial, il avait simplement tout ce qui fallait. Le corps était prêt à faire battre le sang, le cerveau à fonctionner, les membres à bouger, les muscles à s'activer... C'était un corps complet d'homme. Comme le votre et le mien. Sauf qu'il n'y avait pas d'âme pour faire bouger le tout. Pour qu'il y ait une raison de s'activer...
Il avait quarante cinq ans. Les cheveux venaient de passer totalement au blanc, ainsi que la barbe – il eut le réflexe d'avancer la main pour le toucher, ce corps frêle mais fonctionnel... il lui ressemblait en tous points, jusqu'à la tâche de naissance sur l'épaule.
Tout ce qu'il était capable de demander, stupéfait, n'était que des détails.
_ Et les yeux ?
_ Bleus, acier, même. La même couleur que celle de vos... des votre.
_ Non. La vision.
_ Ah. Oui, elle est très mauvaise. Je n'ai pas pu faire autrement, si je voulais vous faire complet, comme vous aviez demandé. Mais j'ai fait fabriquer des lunettes si vous voulez de ces yeux quand même, sinon, je peux les crever et faire en sorte que vos... que vos choses passent à leur place.
Lumière ? Ouais, c'est vrai que c'est un peu curieux, savait pas trop comment qualifier ça. Il fit non de la tête.
_ Non, vous avez bien fait. Je vais les garder. Et, euh...
Il avait un peu de mal... En même temps, ce qu'il avait à demander, c'était un peu bizarre. L'alchimiste lui lança un regard de côté, croisa les bras ainsi que la moustache, et ricana.
_ Ca vous a manqué ? Sérieusement ? Je pensais pas que les Morts-vivants ça avait de tels envies...
_ Eh, un homme sans, ce n'est pas un homme. Bon. C'est fonctionnel ou pas ?
_ Sûr. Vous aurez qu'à boire et manger des produits laitiers, mais à mon avis, vous n'avez pas besoin que je vous le dise. De toute façon pour former des muscles, vous en aurez besoin. Vous avez besoin que j'appelle le prêtre pour lui dire que vous êtes bientôt prêt à rentrer ?
Fallat... ? Ah oui, quand il l'avait paumé, le draenei avait fini par rentrer à Dalaran en apprenant par Tirion que Vincent avait décidé de rester pour regarder le Tournoi. Sur demande du chasseur, il ne lui avait pas dit la vérité.
_ Non. S'ils apprennent ce qui va se passer, ils vont m'ennuyer à mon retour, et je ne vais pas pouvoir en profiter.
_ Je tiens à vous préciser que je ne sais pas si ça va marcher. Et je ne sais pas non plus dans quel état votre âme sera à l'arrivée. Il se peut qu'elle soit en pire état qu'avant.
_ Si vous n'y parvenez pas, c'est que vous êtes plus mauvais que Lalla Brightweave. Vous ne laisseriez pas votre réputation être ruinée par une couturière gnome, n'est-ce pas ?
L'alchimiste grimaça et mit à l'horizontale la plaque où se trouvait l'homoncule, et apporta une deuxième plaque. Vincent n'eut pas à demander quoi faire : il se mit d'office sur la seconde. Essaya de se détendre.
_ Si ça marche, ça va faire très, très mal. Vous êtes sûr de le vouloir ?
_ Quel genre d'imbécile vous dirait non ?
_ Vous marquez un point. Attention... je commence.